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mot de l'arrq | 7 FÉV 2022

Deux grands noms qui disparaissent


La fin de 2021 et le début de 2022 a vu la communauté des RÉALS secouée par deux grands deuils. Ce fut d’abord le décès soudain de Jean-Marc Vallée à Noël, puis celui de Jean-Claude Lord en janvier. Deux de nos porte-étendards les plus célèbres qui nous quittent en si peu de temps, on peut dire que ça fait mal. Je ne suis sans doute pas le seul à juger leurs parcours comme étant héroïques et j’aimerais rappeler certains de leurs faits d’armes et comment leurs carrières ont été emblématiques pour nombre d’entre nous.

 

Jean-Marc Vallée est connu et reconnu à cause de ses succès récents ici et ailleurs. Jean-Marc c’est l’étoile filante qui s’est éteinte trop vite. Sa trajectoire aura été pratiquement en ligne droite vers les plus hautes altitudes. Déjà ses vidéoclips et ses courts-métrages étaient remarqués par le public et les critiques. Touche-à-tout, il faisait lui-même ses montages et a continué à le faire, seul ou avec d’autres, tout au long de sa carrière. Je me souviens avoir vu les foules se presser pour voir son premier long-métrage, « Liste noire » scénarisé par Sylvain Guy, un succès exceptionnel au box-office qui l’a fait remarquer au sud de la frontière où il a poursuivi sa carrière en parallèle de sa carrière québécoise. Évidemment, c’est le film « C.R.A.Z.Y », co-scénarisé avec François Boulay, qui l’a propulsé dans la stratosphère, chez nous et aux États-Unis. Rappelons que ça lui a pris 10 ans à développer et trouver un producteur pour ce film! Un bel exemple de ce qu’on appelle le « travail invisible », ce démarchage que nombre de RÉALS doivent faire pour concrétiser leurs projets et qui est la plupart du temps non rémunéré. C’est le producteur Pierre Even qui a finalement pris une chance sur ce projet avec le succès qu’on connait. L’investissement personnel de Jean-Marc dans ce film ne s’est pas arrêté là. Insistant pour une trame sonore extrêmement coûteuse avec de grands succès d’époque, Jean-Marc a investi une partie de son cachet pour l’obtenir. Là encore, nombre de RÉALS qui ont aussi investi pour réaliser le projet de leurs rêves vont se reconnaitre. Investir dans sa propre œuvre n’amène pas nécessairement de retours, mais le pari aura été payant pour Jean-Marc. L’utilisation de la trame musicale pour susciter une émotion était une partie intégrante de sa signature.

Le succès de « C.R.A.Z.Y » lui a donné accès à des films à plus gros budget, tels que « Café de Flore » suivi du film à grand déploiement « Young Victoria ». Par contre, plus de moyens signifiaient aussi moins d’espace créatif sur ce film américain. L’expérience lui a laissé un certain goût amer, notamment parce qu’on lui a refusé la trame musicale qu’il souhaitait, contrairement à « C.R.A.Z.Y ». Comme quoi la confiance et la collaboration avec un producteur sont un gage de réussite.

C’est sur un film à petit budget que Jean-Marc a voulu se donner le plus d’espace créatif en se libérant le plus possible des contraintes budgétaires et techniques afin de se concentrer sur la mise en scène et le jeu des comédiens. Avec « Dallas Buyers Club », il a innové en profitant de la sensibilité des nouvelles caméras numériques pour tourner uniquement en lumière naturelle et à partir de sources lumineuses faisant partie du décor. En éliminant l’équipement d’éclairage et avec une équipe réduite, il a développé une méthode de tournage où la caméra pouvait tourner sur 360 degrés pour suivre des comédiens libres de bouger à leur guise et à qui il permettait d’enchaîner les prises sans couper, engendrant ainsi des performances naturelles et exceptionnelles. Ses deux comédiens principaux se sont d’ailleurs mérités des Oscars et le film a reçu quatre autres nominations, dont une pour le montage que Jean-Marc avait signé sous un pseudonyme.  

Cette nouvelle approche, à la fois économique et performante, a évidemment attiré l’attention des bonzes de la télé. Après deux films ayant moins bien performés au box-office, Jean-Marc a rebondi en dirigeant deux séries de prestige pour HBO, « Big Little Lies » et « Sharp Objects ». L’accueil critique et public extrêmement favorable allait propulser Jean-Marc Vallée vers de nouveaux sommets, il allait mettre en scène l’amour mythique de John et Yoko… quand la grande faucheuse est venue le chercher.

Malgré ses immenses succès à l’étranger, Jean-Marc est toujours resté proche de ses collègues et collaborateurs québécois. Il encourageait réalisatrices et réalisateurs de sa connaissance à aller au bout de leurs idées et a multiplié les collaborations avec l’ARRQ pour offrir généreusement des “leçons de cinéma”, la dernière en date alors que la pandémie nous avait tous confinés. Il nous aura légués sa sagesse avant de partir.


L’autre héros à qui je veux rendre hommage c’est Jean-Claude Lord. Sa carrière n’a peut-être pas résonné chez nos voisins américains, mais il a néanmoins connu de grands succès et influencé tant le cinéma que la télévision d’ici. Comme la majorité des RÉALS, sa carrière a parfois connu des reculs et il a dû se réinventer plus d’une fois. C’est sans doute parce que Jean-Claude avait un goût prononcé pour les sujets socialement controversés et qu’il les traitait sur un mode « populaire », ce qui ne faisait pas de lui un chouchou des critiques. D’une certaine façon, on peut dire que Jean-Claude Lord a été un pionnier qui a ouvert la voie à de nombreux réalisateurs et réalisatrices de fiction et qu’il n’y aurait pas eu de Jean-Marc Vallée s’il n’y avait pas eu de Jean-Claude Lord.

En effet, comme lui, Jean-Claude s’est d’abord forgé une réputation au cinéma. Et ce, en abordant des sujets qu’il voulait provocants, mais avec une approche « à l’américaine ». Alors que le cinéma québécois de l’époque était surtout dévolu à un cinéma d’auteur lent et introspectif, ses films se voulaient divertissants en privilégiant l’action rapide et un montage dynamique. D’ailleurs, comme Jean-Marc Vallée le fera plus tard, il montait lui-même ses films qui ont été parmi les premiers succès populaires au Québec. Il a marqué la cinématographie québécoise avec une approche de réalisation et des sujets plus modernes, ouvrant la voie à un autre type de cinéma. Citons par exemple « Délivrez-nous du mal » en 1969 qui mettait en scène le premier couple homosexuel à l’écran dans un Québec encore marqué par la religion catholique; « Les colombes » opposant une famille ouvrière à une famille bourgeoise avec une chanson-thème qui est devenue un succès radio; « Bingo », dénonçant la corruption policière et la manipulation politique sur fond de crise d’octobre ou « Panique », qui parlait déjà de désastre écologique en 1977. C’est peut-être avec le film « Parlez-nous d’amour » sur un scénario de Michel Tremblay qu’il a essuyé son échec commercial le plus dur. En voulant dénoncer une certaine télévision populiste, hypocrite et infantilisante pour les femmes au foyer, Jean-Claude a donné le rôle principal au véritable animateur de télévision, Jacques Boulanger. Mais la fiction était trop proche de la réalité. Les admiratrices de Boulanger s’étant précipitées au cinéma pour voir leur idole ont crié au scandale et le film a rapidement quitté les salles. Le film est aujourd’hui devenu culte.

Boudé par les critiques et les institutions, Jean-Claude Lord a ensuite mis son talent de réalisateur au service des autres en réalisant des films de commande en anglais et en français et en se tournant vers la télévision.

C’est là qu’il a connu son succès le plus populaire. Avec la série « Lance et compte », scénarisée par Réjean Tremblay et Louis Caron, Jean-Claude Lord aura été à nouveau un précurseur en amenant les techniques du cinéma à la télévision. Avant Lord, la télévision québécoise se cantonnait dans des téléromans verbeux tournés en studio dans des décors en carton. Jean-Claude l’a libérée en allant tourner en décors naturels, en privilégiant un montage rapide constitué de scènes courtes accompagnées d’une musique enlevante et en parsemant le drame de scènes d’action sur la glace. À la télévision, son style accessible lui a permis de s’adresser directement au public à l’abri des critiques. Il a enchaîné les séries télé dont certaines qu’il a scénarisées en revenant à ses préoccupations sociales. C’est le cas de « Jasmine », dénonçant un cas de brutalité policière contre un noir et mettant en vedette une comédienne noire et ce, longtemps avant que notre télévision s’interroge sur le manque de diversité à l’écran. C’est aussi le cas de « Quadra », une minisérie sur le pardon autour d’un crime aux conséquences graves.

L’efficacité remarquable de Jean-Claude Lord sur un plateau lui a permis de continuer à tourner malgré l’augmentation du rythme de tournage et l’appauvrissement des budgets de nos séries dramatiques. En misant sur une préparation impeccable, en tournant caméra à l’épaule avec le moins de contraintes techniques possibles, Jean-Claude Lord a mis la barre haute pour des réalisateurs et réalisatrices beaucoup plus jeunes que lui qui ont dû marcher dans ses traces dans des séries comme « 30 vies » et « District 31 ».

Suite à sa mise en candidature par l’ARRQ, l’apport de Jean-Claude Lord à la télévision québécoise a été reconnu par le Prix Guy-Mauffette en 2017, la plus haute distinction attribuée à une personne pour sa contribution en radio-télévision par le gouvernement québécois. Ce prix décerné de son vivant l’a comblé de joie, lui qui avait reçu peu d’honneurs pendant sa carrière.

S’ils étaient de générations distinctes et que leurs trajectoires ont été différentes, Jean-Marc Vallée et Jean-Claude Lord ont une parenté toute québécoise. Ce désir de se libérer des contraintes techniques et cette débrouillardise devant le manque de moyens que Vallée a amené sur les plateaux américains, c’est un peu l’héritage de pionniers comme Lord. Tous les deux ont imprimé leur signature sur leurs œuvres en voyant à tous les aspects, de la conception au montage, car tous les deux avaient eu la chance de forger leur signature au cinéma avec des producteurs qui les encourageaient à occuper cet espace créatif qu’ils recherchaient.

Lord, Vallée, deux grands noms qui disparaissent.

Par les temps qui courent, je m’inquiète que d’autres noms disparaissent. Les noms de ces RÉALS au Québec qui travaillent dans un quasi-anonymat parce qu’on ne les laisse pas « signer » leurs œuvres, dans tous les sens du terme. Que l’on confie le montage à un « producteur au contenu » sur une émission de télé, que l’on conteste le crédit au générique d’un réalisateur de cinéma réputé ou que l’on rende le nom d’une réalisatrice illisible en l’enterrant au milieu de noms au générique d’une série web sont quelques exemples qui empêchent les RÉALS de signer leurs œuvres.

On reconnaissait un film de Jean-Marc Vallée.

On reconnaissait une série de Jean-Claude Lord.

Ils avaient leur signature.

Préservons cet espace de création et le droit à la signature d’une œuvre.

--Gabriel Pelletier, président

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